
Pays basque, sommet de la Rhune.
Je dois avoir sept ou huit ans. Je visite la Rhune, au Pays basque, et ses flancs enherbés voient paître nombre de Pottoks affamés. Fascinée par tous ces poneys, je passe un bon moment à tenter d’en approcher un, sans succès.
Le filou, que je renomme Einstein pour l’occasion comme je l’annonce fièrement le soir même à mon père, me laisse approcher… pour filer au dernier moment et m’observer, planté quelques mètres plus loin, les oreilles dressées et les yeux cachés derrière un sacré toupet.
Loin de me démotiver, cette rencontre scelle ma fascination pour les chevaux.
Et ainsi débute mon parcours équestre.
Une passion de toujours
Sport financièrement inaccessible pour mes parents, je passe les années suivantes à profiter de toutes les occasion pour monter : centre aéré, multisport… Toutes les occasions sont bonnes pour passer du temps auprès des poneys et nourrir cette passion dévorante.
En parallèle, je lis beaucoup. À neuf ans, je connais par cœur les trois quarts des ouvrages de ma bibliothèque de quartier, je sais comment penser mes clôtures et peux expliquer comment orienter au mieux l’abri en fonction du soleil et du vent.

À treize ans, la chance me sourit. Une association de la ville propose une activité « équitation » une semaine sur deux en partenariat avec un centre équestre, le tout à moindre coût. Je démarre sur les chapeaux de roue en compagnie d’un petit poney alezan, Caramel.
Puis il y a César, le poney pie avec qui je fais mes premiers sauts, mes premiers galops, mes premières balades et mes premières chutes. J’avance, je progresse, et je change de club pour de véritables cours d’équitation.

La passion fait son chemin. À mes dix-huit ans, je commence gentiment de petites sorties modestes en endurance.
À mes vingt ans, sans le sou, je troque mes services dans un centre équestre en échange de pouvoir monter à cheval. Pour la première fois, je découvre les joies de pouvoir sortir un cheval de son pré quand je le souhaite et tout expérimenter avec lui. Le sympa mais difficile Karamelo est un bon prof : il ne ne laisse pas attraper dans son immense pré.
Me voilà à passer du temps à l’observer, chercher à le comprendre, découvrir sans le savoir les bases du travail sur la motivation et la coopération.

Premier amour, premières aventures partagées
L’année suivante, je débute ma toute première demi-pension avec un poney que je monte depuis sa sortie de débourrage, Be Bop, mon Bibou. On passera plusieurs années intenses, on sort en complet à petit niveau, je galère. Beaucoup. Je suis motivée, je mets les bouchées doubles, mais je n’ai absolument aucun talent naturel.
Je découvre alors le concept de persévérance. Faire, refaire, et refaire encore. Essayer, Échouer. Réfléchir et recommencer. Un jour, ma coach me dit « Vous avez bien progressé, tous les deux » à la sortie d’une reprise de dressage. Ces longs mois à faire et refaire prennent du sens. Et ce compliment se grave.

En 2017, j’ai envie de voir le monde, et je rêve d’Irlande. Sans trop réfléchir, je candidate auprès d’une ferme équestre comme guide de tourisme équestre. Dans les notes de la ferme, il est écrit que nous pouvons avoir à débourrer les poulains.
Je demande alors à ma coach de m’apprendre à débourrer un cheval. Commence alors un chapitre très cher à mon cœur auprès de Depeche Mode. En plus de mes cours avec Be Bop, me voilà occupée à faire le box de Depeche Mode, caler de nombreuses séances de travail à ses côtés, de l’apprentissage du pansage et des pieds, de la longe, aux premières fois montées et aux premières balades.

Et puis un matin, Dépêche Mode est parti. Il était vendu avant même son débourrage, je le savais… Mais le départ est rude. Un peu plus tard, un matin en partant en concours, dans le vieux camion, ma coach me propose un nouveau débourrage.
« Tu as fait du bon travail avec Depeche Mode. Il en est très content. » Aussi inattendu, ce compliment met un joli point final à ces mois passés à former ce poulain gris. Ainsi, Depeche Mode m’apprit la patience dans le travail, et l’importance de la régularité.
Quelques mois plus tard, je m’envole pour l’Irlande où je découvre les joies de l’équitation d’extérieur, le mental extraordinaire des chevaux randonneurs et les besoins précis et exigeants de tels partenaires.

De retour en France, je débute un master recherche en études médiévales sans perdre de vue les chevaux. Quitte à travailler en sciences humaines, autant creuser ces questions qui me fascinent :
D’où vient l’équitation ? A-t-on toujours fait comme on fait aujourd’hui ? Comment dressait-on un cheval avant ? Et d’ailleurs, c’était quoi un cheval autrefois ? Comment vivaient-ils ?
Le 13 octobre (un vendredi, pour la blague), je fais une chute stupide qui me coûte deux grosses fractures à la jambe gauche. Durant ma convalescence, je continue d’aller voir mes amis monter.
Je découvre aussi la peur à cheval. Pour la première fois, j’ai fait l’expérience d’être faillible. Je peux me blesser, et ça a des conséquences. Une forme de peur ne me quitte plus pendant longtemps ensuite.
Pendant ces deux ans de master, les chevaux et l’équitation sont mon exutoire. Un merveilleux moyen de souffler, de profiter de longs trottings en solitaire, avec pour uniquement compagnie Bing et sa crinière grise en bataille. On explore les bois, les chemins et les routes. Je débute le complet aussi, je continue de progresser petit à petit.
Une recherche par l’image
À partir de ce moment, je deviens fascinée par le Cheval en tant que tel. Ses mouvements, ses expressions, ses comportements m’obsèdent. Je continue de lire sur tous les sujets, je parcours les blogs (très en vogue à l’époque) et les articles en tout genre.
Je lis podologie, saddle fitting, comportement et éthologie. Je dessine le cheval en action pour mieux comprendre comment il fonctionne.
Et je prends des photos. Beaucoup de photos. La quantité d’expressions et d’émotions capables de passer dans leurs yeux me fascine. Douceur, peur, sérénité, inquiétude, résignation, fougue, confiance…
J’enregistre tout dans la mémoire de mon appareil et dans la mienne. Je me constitue une banque d’images immense afin de mieux les comprendre, mieux les cerner.
En 2019, le club où j’ai tout appris ferme. Je n’ai pas les moyens de racheter Bing. Je vis plusieurs mois comme un deuil. En parallèle, ma vie personnelle est un désastre.
Je te dis juste à plus tard, d’accord ?
Ce sont les derniers mots que j’ai dit à Papy, et les derniers mots que je te donne à toi aussi. À plus tard Bibou. À plus tard à plus tard à plus tard. À plus tard mon partenaire pour toujours. À plus tard. Promis. Tu sais déjà tout.
La quête du partenaire
Et au détour d’un site de vente de chevaux, je tombe sur la photo d’un petit poulain Connemara de même pas deux ans. J’embarque ma meilleure amie sur les routes du Gers pour découvrir un petit bout de clown auprès de l’élevage de Garros. Isabelle grisonnant, il ressemble à un petit âne avec ses lunettes grises.
C’est le coup de cœur, il me plaît, il a cette touche d’humour au coin des yeux que j’adore. Et je refuse de vivre une nouvelle séparation avec un cheval. Plusieurs mois plus tard, mon aventure avec un poulain démarre.
Ensemble, nous expérimentons tous. On se balade, on fait du vélo, des pitreries. Je l’emmène partout, sans réfléchir. Stoïque et peu impressionnable, Hero me suit dans toutes mes idées. En parallèle, je prends des cours quasi particuliers qui me donnent le goût des séances individuelles et de la progression qui y est associée.
L’été suivant, c’est à son tour de se blesser. Gravement. Ténosynovite septique, doublée d’un bel épisode de piroplasmose. Je découvre alors qu’eux aussi sont faillibles. Et peu importe leur âge, pas forcément immortels.
Je vis la suite comme une course contre la montre. Je décide de foncer vers mes rêves en démarrant une formation comme animatrice soigneuse (CQP Animateur Soigneur Assistant équitation). La formation me remet face à mes peurs, restées en suspens. L’année suivante, je poursuis sur le CQP Enseignant Animateur d’Équitation, un équivalent du BPJEPS, que je valide également.
Sur la voie du dressage…
Fin 2022, je quitte la Gironde pour la Provence pour travailler dans un centre équestre. J’y reste deux ans, le temps de réaliser que je suis en train de me perdre.
En parallèle, je me lance à corps perdu dans le Projet Évolution, guidée par les conseils de Pierre Beaupère. Je redécouvre alors l’équitation et le dressage du cheval et trouve enfin une voie pour Hero et moi.
Alors en 2024, je lance officiellement mon activité d’enseignante d’équitation indépendante à proximité d’Avignon. En parallèle, je récupère mes chevaux sur un terrain en auto-gestion pour tout expérimenter avec eux. Je dessine et crée mes équipistes, apprend au fil des expériences, à adapter mes projets aux besoins de mes chevaux.
En même temps, je rachète Verity, ma ponette Connemara, dans un but d’élevage. C’est la douche froide au travail : fortement dissymétrique, elle ne tolère aucune portance, présente une posture et une locomotion catastrophique.
Je décide alors de me former à fond sur la biomécanique équine et les questions de dissymétries du cheval et du cavalier. Je sens que c’est là que se trouvent les réponses à nombre de questions restées en suspens : c’est quoi, l’équilibre ?
Je me lance dans des stages, j’identifie les professionnels beaucoup plus avancés que moi sur la question, je lis (beaucoup) et j’expérimente énormément. Verity et Hero sont d’incroyables professeurs. Je vois ma jument changer petit à petit.
De ponette absolument pas en état, fortement sur l’œil et agressive, au dos creux et au coup de hache marqué, je vois émerger une jolie jument plus harmonieuse, posée et sereine.
Verity m’apprit alors que rien n’est figé et qu’il est possible de voir plus loin, plus tard. Qu’il est possible d’être visionnaire face à un cheval. Que la patience paie, et que le mental et le corps sont puissamment liés.
Fascinée par toutes ces interactions entre corps et esprit, cavalier et cheval, je candidate à la formation professionnelle d’Eugénie Cottereau, chez Ergonomie Équestre. Il manque quelque chose à ma trousse à outils pour aller aussi loin que je veux. Comment aider un cheval et un cavalier si l’interface entre les deux, son matériel, est dysfonctionnel ?
2025, année de crise et de formation
En 2025, je me lance alors dans une nouvelle aventure éprouvante : ma formation en saddle fitting pour devenir ergonome équestre. J’avance dans toutes ces questions de conformation, posture et locomotion. Je découvre combien une selle ou des accessoires mal choisis peuvent nuire à un couple, et au contraire combien une solution matérielle optimale peut transformer un quotidien.
En bonus, Hero et moi sommes en pleine crise. Grâce au Projet Évolution et aux conseils avisés et pointus de Pierre Beaupère, celui que je considère comme notre coach, nous avons avancés à grands pas dans le dressage. Mais courant 2025, tout s’effondre petit à petit. En juin, impossible même de trotter car rien ne va. Tout est instable, je ne tiens pas sur son dos, il se braque, se défend. La tête dans le guidon, j’ai du mal à admettre que nous rencontrons un bête problème de… selle.
Passage par la Bidauderie, chez Véronique Bartin
En septembre 2025, en perdition dans ma pratique équestre, je me rends à Vierzon, aux écuries de Véronique Bartin, dans le cadre de ma formation en saddle fitting. L’occasion de monter avec cette grande dame. Comble de la chance, le cheval que je monte est gaucher, comme Hero, et certains des problèmes réapparaissent. Je passe le restant du cours à trotter le bras droit en l’air, des étoiles dans les yeux. Le postural du cavalier devient une évidence.
Je teste d’autres selles avec Hero. La plus bas de gamme du lot est une révélation. Me voilà sur ma selle en plastique 16″ et le bras droit en l’air à faire des tours de carrière, stupéfaite que tous mes problèmes s’envolent si facilement.
Tout ne dépendait donc que d’une selle et d’une hauteur d’épaule ? En tout cas, Hero ne rétive plus, et cette fois-ci, j’ai les yeux qui brillent… de joie.
Parenthèse chez Karine Massot, aux écuries de Persévère
Fin 2025, j’emmène Hero avec moi aux écuries de Persévère, chez Karine Massot.
On se cache depuis longtemps dans notre champ. Le contact humain, la proximité d’un coach me manquent. Fidèle à lui-même, Hero me suit dans l’aventure avec panache.
Grâce à ma promotion Ergonomie Équestre et Eugénie, nous repartons avec une solution matérielle pour nous, un poney qui regalope, et une cavalière qui regagne en confiance.
Grâce à Karine, je repars avec du baume au cœur, de l’espoir en l’enseignement et toute une collection d’images mentales et d’exercices en poche.
Un nouveau chapitre aux portes des Pyrénées s’écrit…
Ma formation validée, il est temps de choisir où poser mes valises. Errant depuis de nombreuses années, me demandant quoi faire et où… Désormais, je sais.
Le monde est devant nous, et je sais enfin ce que j’ai envie de faire.
Amoureuse du dressage, fascinée par les chevaux et leur fonctionnement, passionnée de technique et de biomécanique, j’ai envie d’enseigner le dressage, mais uniquement en cours particuliers.
Accompagner des couples cavalier-cheval avec attention et soin, c’est ça qui m’anime.
J’ai envie d’aider, en douceur, avec toute la gentillesse et le tact que j’ai moi-même recherché.
Et bien sûr, équiper ces chevaux et ces cavaliers avec précision pour gommer ces galères inutiles et libérer le mouvement de chacun.
Alors je vous dis à bientôt !
– Camille Tao Bordaberry










































